Istanbul la stratégie de la violence

Des événements très inquiétants se sont produits à Istanbul dans la soirée du 16 juin et dans la nuit qui a suivi. Les forces de l'ordre sont violemment intervenues contre les nombreuses personnes qui occupaient la place Taksim alors qu'elles avaient décidé en assemblée générale de quitter les lieux pacifiquement à la fin du week-end.

Cette page est dédiée aux messages en français et en anglais reçus des témoins et des ami.es présent.es à Istanbul. Les premiers de ceux que nous a transmis la journaliste Defne Gursoy, qui relate ce à quoi elle a assisté sur place, sont reproduits ci-dessous. La suite est désormais publiée sur son blog Mediapart. On trouvera également sur cette page les appels lancés par Yasemin Oz, avocate, féministe et lesbienne, au nom du Collectif féministe d'Istanbul.

Pour que la solidarité puisse s'exercer et trouver les moyens de s'organiser il est indispensable que ces informations circulent. Merci à chacun.e de les diffuser et de relayer aussi:

la pétition lancée par les féministes turques

. L'appel, en anglais, lancé par des intellectuels de divers pays contre la politique répressive du gouvernement turc

ISTANBUL, 16 JUIN 2013, 22 HEURES

Suite au meeting de M. Erdogan à Istanbul, la guerre semble être déclarée.

Une cinquantaine de manifestants à Konya ont failli être lynchés par une foule de militants de l'AKP. Ils ont été sauvé de justesse par la police qui les a accompagné jusqu'aux blindés qui les ont éloignés de la place.

A Cihangir, un des quartiers les plus bobos d'Istanbul et tout prêt de la place Taksim, les militants de Erdogan se baladent en hordes et ont lancé la "chasse aux manifestants".

Ils crient "La ilahe Ilallah" (Il n'y a pas d'autre divinité qu'Allah), armés de matraques et de bâtons ils poursuivent les manifestants  jusque dans les immeubles où les habitants les protègent contre ces milices et la police qui force les portes des immeubles.

Les syndicats sont mobilisés, les manifestants essaient de résister avec les moyens du bord.

L'immeuble du parti CHP à Sishane a été assailli par des milices en uniformes. Deux députés sont piégés dans l'immeuble.

Une énième nuit d'affrontement et de violence se dessine.

Defne Gursoy, 16 juin 2013, 22h00

ISTANBUL, 16 JUIN 2013, 11 HEURES

Tout a basculé à Taksim hier soir.

Hier soir la guerre a été déclenchée par la police, je suis un témoin direct puisque j'étais sur place.

La violence démesurée de la police a fait des centaines de blessés, le parc a été évacué de force avec gaz, jet d'eau contenant des produits chimiques causant des brulures sur la peau, les balles en plastiques ont blessés des dizaines de personnes, dont une femme enceinte. Par ailleurs, des grenades cataplexiantes (incapacitantes) ont semé la terreur dans tous le quartier.

L'intervention a eu lieu alors qu'il n'y avait aucune manifestation, aucun rassemblement ni dans le parc Gezi, ni sur la place. C'était un samedi ordinaire et les habitants étaient venu avec leurs enfants pour prendre l'air dans ce parc.

Cette intervention a été faite hier à partir de 19h40 alors que la Plateforme de Taksim avait annoncé à 11h00 le retrait pacifique des occupants du parc dès lundi.

Les affrontements ont duré jusqu'au petit matin, j'étais coincé entre les barricades et la police. Je me suis réfugiée dans un passage commerçant, la police a même lancé le gaz à l'intérieur de tous ces passages où les gens s'étaient réfugiés. J'ai été gazée, et j'ai vu des gens tomber comme des mouches sur la rue Istiklal.

Des milliers ont afflué de tous les quartiers d'Istanbul pour venir en soutien à Gezi Park et les manifestants. La municipalité a annulé tous les transports en commun dès 11h00 pour empêcher cela mais les gens sont passé de la rive asiatique en marchant sur les ponts du Bosphore. La police a gazé ces gens à pied sur le pont même, sans leur laisser une issue de sortie, sauf peut-être de se jeter par le pont.

Les hotels qui ont accueilli les gens blessés ont été gazés de l'intérieur. Les touristes ont accueilli les blessés dans leur chambre d'hôtel mais ont subi également les violences car les lobby et réceptions, transformés en centre de soins médicaux, de ces hôtels ont été attaqués par la police. Ceci est un crime contre l'humanité, du jamais vu même dans les pays avec des régimes les plus répressifs.

Toute cette violence n'a pas arrêter le peuple qui s'est regroupé dans chaque quartier. Nous ne connaissons pas exactement le nombre de blessés, mais nous savons qu'il y a plusieurs blessés dans un état grave, nous en sauront plus dans quelques heures.

Des centaines de gens blessés n'ont pas pu recevoir de soins médicaux car les forces de l'ordre ont interdit l'accès des ambulances à Taksim.

Aujourd'hui, Erdogan tient un meeting à Istanbul avec ses supporters, qu'il n'hésitera sans doute pas à lacher contre les résistants.

Les habitants des 70 villes du pays sont dans la rue aujourd'hui pour protester.

Des dizaines de milliers sont en train de marcher vers la place Taksim. La violence du pouvoir actuel contre ses citoyens doit être arrêter au plus vite.

Je vous demande de divulguer le message partout où vous pouvez. C'est vraiment très grave et cela va sans doute continuer.

La désinformation du pouvoir ne doit pas être relayée par les médias européens mais la vérité doit être entendue partout dans le monde.

Merci à tous de faire en sorte que l'information circule le plus vite et largement possible.

Ce dimanche 16 juin, nous nous attendons malheureusement à la suite des violences.

Defne Gursoy

Istanbul, 16 juin 2013, 11h00 (heure locale)

APPELS DU COLLECTIF FÉMINISTE D'ISTANBUL

24 juin 2013

1) Texte en français (traduit de l'anglais par Javicou Koujou)


L'opposition à la «gentrification urbaine» illégale en Turquie s'est trouvée confrontée à la violence policière massive, ce qui a entraîné, en retour, le fait qu'un nombre encore plus important de personnes sont descendues dans les rues.
Au cours du règne de l'AKP - l'un des gouvernements les plus misogynes, homophobes et transphobes de l'histoire de la Turquie républicaine -, il y a eu une forte augmentation du nombre d'assassinats de femmes et personnes LGBT. Les fonctionnaires n'ont pas pris les plaintes des femmes au sérieux, et ont omis de prendre les mesures préventives nécessaires, la législation permettant la protection des femmes menacées par des meurtriers libérés de prison n'a pas été adoptée. Les enquêtes criminelles n'ont pas été menées correctement, en particulier dans les cas d'assassinat des personnes transgenres. Les assassins n'ont pas été arrêtés.
L'an passé, ce même gouvernement a essayé de restreindre le droit des femmes à l'avortement, mais a dû reculer face à l'opposition sérieuse menée par les organisations de femmes.
La dernière série d'événements a commencé avec les travaux de construction au parc Gezi, dans le centre d'Istanbul, en dépit d'un moratoire pris par une Cour de justice à ce sujet.
La violente réaction de la police n'a pas mis fin aux manifestations mais les a amenées à prendre une autre forme et à s'affirmer de plus en plus contre le gouvernement.
Tout au long de son mandat au pouvoir, le gouvernement a eu recours à des moyens légaux et financiers afin de subordonner les organisations de médias critiques de sa politique, en vue d'avoir un contrôle absolu de l'information. 
Au cours des dernières manifestations, le Premier ministre a une fois de plus utilisé les médias contrôlés par le gouvernement pour stigmatiser les manifestants en les désignant comme des traîtres et a également lancé un appel dirigé vers les femmes pour qu'elles fassent plus d'enfants, si elles aiment vraiment leur pays.

Nous, féministes, ainsi que plusieurs organisations de femmes, avons pris part à cette résistance et nous faisons appel à vous pour nous soutenir dans notre lutte.

Vous pouvez nous aider en appelant vos gouvernements à reconsidérer leurs relations avec la Turquie. Vous pouvez également manifester devant les missions diplomatiques turques dans votre propre pays. Nous vous suggérons d'utiliser les symboles de la résistance tels que des masques à gaz et des lunettes de protection ou bien vous pouvez simplement rester immobile comme nous le faisons en Turquie tous les soirs.

Collectif féministe d'Istanbul
 
 
2) Texte en anglais
 
The opposition to the illegal ‘urban gentrification’ in Turkey was met by heavy police violence and in return an even larger number of people took to the streets.
During the reign of the AKP – one of the most misogynistic homophobic and transphobic governments of Turkey’s republican history – there has been a large increase in the number of women and LGBT murders. Officials have not taken women’s complaints seriously, and failed to take the necessary precautions, legislation enabling the protection of women threatened by murderers released from prison hasn’t been passed. Criminal investigations have not been conducted properly particularly in cases of the murder of transgender individuals. The perpetrators have not been caught.
Last year this same government tried to curtail women’s right to abortion but has had to back down in the face of serious opposition by women’s organizations.The latest chain of events began when the construction work started at Gezi Park in central İstanbul despite a court moratorium on the issue.
The violent response of the police has not ended the protests but caused them to change form and become more vocally anti government.
Throughout its time in office the government has been using legal and financial methods to subordinate unsympathetic media organizations in order to have absolute control of the news agenda.
During the latest protests the prime minister has once again used government controlled media to label the demonstrators as traitors and has also called upon women to bear more children if they really love their country.
We feminists and several women’s organizations have been taking part in this resistance and we call upon you to support us in our struggle.

You can help us by calling upon your governments to consider their relations with Turkey. You could also protest in front of Turkish diplomatic missions in your own country. We suggest using the symbols of the resistance such as gas masks and goggles or alternatively you could simply stand motionless as we do in Turkey every evening.

Istanbul Feminist Collective
 

16 juin 2013

URGENT CALL FOR HUMANITY!

URGENT CALL FOR FRIENDS OF GEZİ-TAKSİM!

On 19th day of Turkish resistance for democracy and freedom  against the JDP government, after the harsh provocations of PM Erdogan in his party meeting today in Ankara, riot police attacked on Gezi Parkı at 20:50 this evening.

On 12 June midnight representatives of the Gezi resistance, Taksim Solidarity delivered 4 main demands of the movement to PM; however as the government continued to ignore the demands of the movement, Taksim Solidarity, after long and democratic grassroot discussions of the resisters decided to continue the resistance after the basic demands are accepted.

This evening, after the provocations of PM Erdogan in his party meeting made in Ankara, riot police started a very hard attack on Gezi Parkı with tear gas, water cannons and rubber bullets and blast bombs. There are hundreds of injured people. Police even attacked with rubber bullets against he first floor of Divan Hotel which is used as a temporary hospital and subway where people escaped and people are sending messages as: “We are dying here!”

We urge friends of Turkish movement, international community and humanity to start every efficient actions for stopping the massacring government and PM of Turkey.

Sendika.Org

 

 

 

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