Faite de cyprine et de punaises

Tu voudrais citer Wittig, glorifier avec des mots d’amour ses cheveux étalés ses joues pâles, mais tu as peur que ta langue se laisse emporter, fourche et dise je t’aime au lieu de je te désire. Ta cyprine parle pour toi.

De son prénom, nous saurons seulement qu’Octavia le prononce mal, avec son accent américain qui allonge les lettres muettes. Marcela l’appelait baby et, les autres, les skateuses, les tatouées, les exes lui ont trouvé des petits noms qui ne sont pas le sien. Pour elle-même elle est l’Albatros, « bancal sur son flanc droit », le grand oiseau dont elle fait le symbole de son handicap. Pour nous, elle restera à jamais la jeune lesbienne montréalaise que le texte tutoie, instaurant ainsi avec elle une relation immédiate, forcément intime.

Le récit aborde, crûment, tout un éventail de thèmes, du handicap à la jouissance en passant par le coming out, la dépendance amoureuse, la précarité et une certaine forme de marginalité assumée. Centrale, la sexualité est le site où cristallisent les attentes, les désirs, les souffrances de cette héroïne malgré elle, à l’unisson des espérances inquiètes de sa génération queer. Au travers des musiques qu’elle écoute, des séries qu’elle regarde en boucle sur son « cellphone », des poèmes et des livres qu’elle cite se profile une culture féministe et lesbienne, possible planche
de salut

17.00

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À propos de l'autrice

Lauren Delphe a vécu plusieurs années au Québec avant de revenir en France dans la période faste du renouveau des luttes féministes. Depuis, elle pratique avec rage et bonheur le collage féministe contre les féminicides et les violences patriarcales, pour la fierté lesbienne et handie. Sa préférence va à la colle violette, elle abuse du café et a publié ses premiers textes dans les revues Saturne, Le Pied (revue littéraire de l’Université de Montréal) et L’Organe (revue littéraire de l’Université Concordia.

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